Coopération public privé dans les nouveaux services de vidéoprotection

Spécialisé depuis 2000 dans la vidéo IP, Dominique Verdejo possède une bonne expérience dans la conception et la vente de systèmes complexes liant les réseaux informatiques, le matériel et le logiciel. C’est à ce titre qu’il a rédigé et présenté un mémoire portant sur la Coopération public privé dans les nouveaux services de vidéo protection, lors d'une session de l’Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHESJ) en mai dernier. Vidéosurveillance Infos vous propose un résumé de ses réflexions concernant l’évolution technologique et les nouveaux services.



L'évolution de la technologie

Coopération public privé dans les nouveaux services de vidéoprotection
Les systèmes ouverts sont le futur de la vidéosurveillance

Depuis 30 ans, l'informatique a évolué en suivant la logique des systèmes ouverts en substitution des systèmes centraux dits "propriétaires". C’est ainsi que le protocole de communication IP s’est peu à peu imposé en permettant l'interopérabilité des machines construites par une multitude de constructeurs. La vidéosurveillance étant devenue, depuis 10 ans, une application particulière de l'informatique, les principes élémentaires des systèmes ouverts s'appliquent tout naturellement à cette discipline. Ainsi, l'interopérabilité est indispensable à la coopération des systèmes indépendants et à la centralisation de la surveillance. La portabilité est essentielle à la coopération d’un grand nombre d'équipements issus de constructeurs différents, au sein d'un même système. Enfin, la scalabilité est nécessaire afin que l'accroissement du nombre de caméras ne nécessite pas d'aménagements particuliers et n'impose pas de surcoûts particuliers.








Les cinq dimensions de la vidéosurveillance sur IP

Les capteurs : caméras et encodeurs numériques
L'évolution des systèmes de vidéosurveillance a été guidée par trois nécessités majeures : accroitre l'échelle des réseaux, stocker davantage de vidéo, multiplier les postes de consultation.
Pour satisfaire ces objectifs, l'industrie a tout d'abord utilisé la fibre optique pour le transport du signal vidéo, en lieu et place du réseau câblé. Elle a aussi défini des enregistreurs dits "numériques" pour remplacer les magnétoscopes à bande. Mais la multiplication des postes de contrôle est restée un problème difficilement soluble, sans augmenter fortement les coûts.
La numérisation du signal vidéo est coûteuse ; c’est la raison pour laquelle la question de la compression de la vidéo numérisée a été très rapidement posée. Des boîtiers spécialisés appelés encodeurs ont été alors produits pour numériser, compresser et transmettre les signaux vidéo compressés sur les réseaux IP. Le standard de compression d'image JPEG a été utilisé dans les premiers "encodeurs" et les premières caméras IP.
Aujourd’hui, l'industrie de la vidéosurveillance adopte le MPEG-4 AVC, dans la continuité de son rôle de suiveur de l'industrie de la vidéo. Le H264 représente l'aboutissement des travaux de normalisation. Astucieusement, il spécifie en détail comment un décodeur de vidéo doit fonctionner mais ne donne pas d'indication quand à la réalisation d'un encodeur.
Les constructeurs d'équipement et éditeurs de logiciels compatibles avec le standard MPEG-4 sont répertoriés sur le site de MPEGIF. Cependant, si tous à priori respectent les contraintes d'interopérabilité, chaque codec se distingue par ses critères de performance propres. En vidéosurveillance, les trois critères fondamentaux à surveiller sont la qualité, la latence de compression et la bande passante consommée sur le réseau. Au plan de la qualité d'image il n'existe cependant aucun outil normalisé pour la déterminer totalement et le jugement des utilisateurs reste le meilleur indicateur.


Les réseaux de transport du signal
En passant sur des réseaux IP, la nécessité d'utiliser un organe central faillible ne s'impose plus. En effet, c'est le réseau qui est utilisé pour assurer la commutation des flux vidéo depuis les caméras vers les moniteurs et les enregistreurs. Sur IP, la taille du système de vidéosurveillance est virtuellement illimitée.
Sur le plan des usages, le recours au réseau IP transforme en profondeur l’outil vidéosurveillance. Il en multiplie les caméras et les postes de visionnage sans nécessiter l’ajout d’équipements centraux. Il étend aussi l’utilisation de la vidéosurveillance aux nouveaux réseaux mobiles de données qui atteignent déjà les débits suffisants pour transporter la vidéo d’une caméra par ligne.




Les enregistreurs
Il est important de remarquer que si les systèmes d’analyse vidéo peuvent être utilisés en direct pour assister à la prévention des situations anormales, ils peuvent aussi être utilisés a posteriori lors de la recherche d’évidences. Il est donc important que les enregistreurs vidéo soient optimisés pour l’analyse vidéo. Il y a une double problématique à ce niveau, celle de l’indexation, qui sera résolue par l’introduction de systèmes de gestion de bases de données dans les processus d’enregistrement, puis celle du format qui nécessitera d’enrichir les flux vidéo enregistrés avec des métadonnées structurées de type XML. C’est l’une des pistes essentielles du groupe de normalisation AFNOR FVN lancé fin 2008.



Les systèmes opératoires et les logiciels de supervision
Dans le système de vidéosurveillance sur IP, le transport de flux vidéo est assuré par le réseau. Le logiciel intervient à deux niveaux, à savoir organiser les caméras et les enregistreurs, les sites surveillés et les opérateurs de surveillance, mais aussi permettre l'exploitation selon l'organisation définie. On compte donc à minima trois types d'intervenants sur le système : l'ingénieur système en charge du réseau et des serveurs physiques, l'administrateur de vidéo protection, en charge de la définition des droits d'accès des opérateurs, l’opérateur de vidéo protection qui utilise les affichages définis et réagit aux alarmes.
Les constructeurs de codecs fournissent en général des systèmes opératoires faciles à mettre en œuvre et optimisés pour leur codec à l’exclusion de tous les autres. Par opposition il existe un petit nombre d’éditeurs de logiciels qui développent des systèmes complexes compatibles avec le plus grand nombre de codecs.
Globalement, l’industrie évolue en intégrant progressivement la détection d’intrusion et le contrôle d’accès au système de vidéo protection qui devient l’application fédératrice. Ainsi a émergé peu à peu la notion de système « hyperviseur » capable d’agglomérer l’information en provenance des différents systèmes de sûreté, le contrôle d’accès, l’alarme intrusion, la vidéosurveillance et par extension, la gestion technique centralisée des bâtiments


Les systèmes d'analyse et de détection : MPEG-7 ?
L'évolution vers l'augmentation de la résolution d'image et l'analyse en temps réel, l'informatisation totale et la convergence vers les réseaux IP ont transformé la vidéosurveillance et contribuent à en faire une industrie du logiciel.
Néanmoins, à présent que sont résolus et standardisés les opérations traditionnelles, de nouveaux besoins doivent être pris en compte pour améliorer l'efficacité des systèmes de vidéo protection. Il s'agit principalement des problèmes de reconnaissance et d'analyse d'image, de comportement et de situations, qui nécessitent des résolutions d'images supérieures à celle utilisée jusque là.
Et comme l'industrie multimédia et vidéo grand public a déjà progressé en normalisant le HDTV sur la base de 1080 lignes par 1920 colonnes, ceci laisse présager des prochaines évolutions dans le domaine de la vidéoprotection. Disposer de résolutions d'images supérieures va ouvrir la voie vers une analyse d'images plus précise et de meilleures capacités de reconnaissance…

Demain : MPEG-21 ?
Les standards de compression MPEG-4 et d'indexation MPEG-7 seront vraisemblablement au cœur des systèmes logiciels de vidéosurveillance en réseau dans un futur proche. Pour l'instant, le logiciel opératoire de vidéosurveillance n'est pas normalisé et l'industrie de la vidéosurveillance gravite autour de deux types d'acteurs : d'une part des constructeurs de caméras et codecs qui fournissent leur propre logiciel opératoire, d'autre part des éditeurs de logiciels qui tentent d'être compatibles avec le plus grand nombre de codecs.





Mouvements de standardisation en marche

Les mouvements de standardisation indispensables dans le domaine de la vidéo grand public ont une portée moindre dans le marché de la sécurité où les utilisateurs acceptent encore souvent de faire installer une solution propriétaire où même « sur mesure » à condition qu’elle remplisse le cahier des charges.

Emergence des groupes de normalisation
Les difficultés rencontrées par les éditeurs de logiciel d’exploitation de vidéosurveillance ont conduit à la constitution de groupes de normalisation incluant des constructeurs de caméras, de codecs et des éditeurs de logiciel, qui conduisent souvent à l’élaboration de produits pouvant devenir des standards de fait lorsqu’ils sont adoptés en masse sur leur marché.
Dans le domaine numérique, si la compression est mondialement normalisée par les comités MPEG, les problématiques de transmission de flux ainsi que de commande de visionnage des caméras sont longtemps restés tributaires de l’arbitraire des constructeurs.
Depuis 2008 néanmoins, on a observé la formation de deux groupes de travail industriels nord américains ayant des visées normalisatrices pour l’industrie de la vidéosurveillance sur IP. Il s’agit d’Open Network Video Industry Forum (ONVIF) et Physical Security Interoperability Alliance (PSIA).
En France la démarche de normalisation a été coordonnée par Thalès et a démarré en septembre 2008 sous le patronage du Ministère de l’Intérieur. EADS, SAGEM et THALES ont parrainé la création de cette initiative dont la vocation est la constitution d’une norme Française reconnue par l’Organisation des Standards Internationaux (OSI) notamment dans le cadre du forum sur la sécurité sociétale. Le groupe de travail appelé ISO/TC 223 a pour objectif de prendre en compte les métadonnées essentielles (localisation, date, alarmes,…) dans le respect des règlementations concernant la vie privée, pour la mise en place d’une norme spécifiant l’interopérabilité minimum nécessaire pour l’exploitation des enregistrements de vidéo protection. La démarche de normalisation se veut progressive et basée sur les résultats de recherches et les projets déployés sur le territoire Français. Des correspondants dans les groupes de travail ONVIF et PSIA ont été identifiés et le travail de normalisation devrait prendre en compte les travaux réalisés outre atlantique.




Les nouveaux services

L’implication des sociétés privées
Sauf à ce que le Sénat modifie le projet de loi LOPPSI 2 telle qu’elle a été votée à l’Assemblée Nationale, il est possible aux entreprises privées, moyennant accord préfectoral la possibilité de visionner les caméras en direct dans les CSU sans toutefois avoir accès aux enregistrements. Cette mesure nous rapproche du mode de fonctionnement en cours actuellement en Italie.
Sur le fond, il s’agit ni plus ni moins que de reproduire pour la vidéo protection les schémas que nous connaissons déjà depuis 40 ans pour la télésurveillance. En introduisant un partenaire privé affecté à la levée de doute, on limite les appels injustifiés à la police et on augmente son efficacité.

Le coût annuel de maintenance d’un système de vidéo protection est d’environ 10% de sa valeur. De plus, la maintenance du système informatique complexe que représente un système de vidéo protection représente en termes de compétence, d’outils et de temps un investissement important qui est hors de portée des collectivités et doit être sous-traitée.
Concernant l’emploi de la vidéosurveillance dite intelligente, l’intervention de l’homme dans le processus d’analyse sera encore nécessaire assez longtemps. Aujourd’hui tout le monde s’accorde sur la nécessaire présence de l’humain dans la vidéo protection et le rôle du Centre de Surveillance Urbaine (CSU) peut-être bientôt rebaptisé Centre Opérationnel de Vidéo protection (COV) est central
dans le traitement instantané de l’information. Dans nombre de COV, les opérateurs ont la mission de journaliser les incidents et les détections qu’ils opèrent grâce aux caméras. Hélas, bien souvent, cette information est conservée sur papier. A l’heure de Twitter, ces pratiques paraissent insolites
lorsqu’on cherche la performance. Les frontières administratives profitent aux délinquants qui parcourent les territoires segmentés par l’administration et se refont une virginité en sortant du périmètre de la commune où ils viennent de commettre une infraction. Il apparaît important au plan départemental de pouvoir corréler instantanément les informations en provenance des différents COV, d’être ainsi capable de reconnaître la « signature » d’actes délictueux produits dans des
circonscriptions différentes afin d’y apporter une réponse rapide, voire d’être capable d’anticiper sur les développements futurs du phénomène. En cela cette analyse rejoint les pratiques actuelles de la Gendarmerie qui fait appel aux technologies informatiques pour assister aux recoupements de faits, a posteriori dans le processus d’élucidation.



En conclusion, selon Dominique Verdejo, l’Etat architecte de la sécurité globale est aussi le garant des libertés individuelles.
Dans l’activité nouvelle engendrée par les partenariats public privé et les délégations de service public qui sont proposés par la LOPPSI 2, le rôle de contrôle de l’Etat apparaît clairement. Il renforce d’autant la responsabilité des entreprises privées auxquelles seront délégués les services. On peut anticiper qu’à l’instar du marché du haut débit et de la téléphonie sur IP, l’écosystème de la vidéoprotection va accoucher de fournisseurs de services de vidéoprotection. En effet la prépondérance des aspects réseau, l’exigence de qualité de service et la rigueur des actions de maintenance nécessaires rendent urgent la constitution de véritables opérateurs nationaux œuvrant avec une démarche systématique. On pourrait aller jusqu’à imaginer la possibilité de créer un statut de Fournisseurs de Service de Vidéoprotection (FSV), rendant compte à l’Etat de leurs installations et garantissant la sécurité de fonctionnement.

Primé deux fois consécutives, dans le cadre du concours de création d'entreprises innovantes, pour son projet de vidéosurveillance via l'Internet, Dominique Verdejo est à l’origine de la création de la société Sphinx Vision, Editeur de logiciel et opérateur de service en mode ASP en vidéosurveillance.
En 2006 et 2007 il a dirigé les opérations françaises du constructeur Ecossais de solutions de vidéosurveillance et gestion d'alarmes sur IP IndigoVision.
Entre 2000 et 2005 ,il a dirigé les opérations de Sphinx Vision, société d'édition de logiciel de vidéosurveillance et fournisseur de service en ligne (ASP) qui a conçu la première "Cybercrèche" Française pour la mairie de Issy les Moulineaux en mai 2000. (les parents regardent la vidéo sur un site internet sécurisé en direct de la crèche).
Dominique Verdejo dirige le cabinet de conseil Personal Interactor, il peut être joint à dominique.verdejo@personalinteractor.com



Jeudi 15 Juillet 2010
Virginie CADIEU



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