Evaluation de l'emploi de la vidéoprotection : nécessaire mais complexe

Lors de la journée sur "l'évaluation de la vidéoprotection en France", organisée par l'Université Paris Descartes et l'Institut national des Hautes Etudes de la sécurité et de la Justice (l'INHESJ), mardi 25 janvier 2011, Eric Chalumeau, Président d'Icade Suretis, est revenu sur les études évaluatives réalisées par ce Cabinet de Conseil, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignation et opérateur de référence dans le conseil pour la prévention et la réduction des risques liés à l’insécurité et dans l’assistance opérationnelle dans les domaines de la sûreté.



Evaluation de l'emploi de la vidéoprotection : nécessaire mais complexe
Selon Eric Chalumeau, et en réponse à l'intervention de Dominique Legrand, une caméra vidéo "n'est pas, aujourd'hui, un moyen de protection, au sens technique du terme". Peut-être le sera t-elle demain, "grâce à la vidéosurveillance intelligente qui permettra des déclenchements d'alerte suffisamment importants" pour qu'un "dispositif d'empêchement" et donc de protection soit mis en place....

Evaluer un objet multiple et complexe...
Mais avant toute chose, il faut évaluer ! "Car maintes installations sont effectuées de manière empirique", s'insurge Eric Chalumeau. Et ce Président du jeune Syndicat du Conseil en Sûreté (SCS), maîtrise bien son sujet, ayant réalisé plusieurs études évaluatives sur différents sites de bailleurs sociaux et dirigé la réalisation d'un peu plus de 40 Etudes de Sûreté et de Sécurité Publique (ESSP), dans 23 départements différents. Or, l'évaluation de la vidéosurveillance est très complexe, car l""objet surveillance est pluriel", explique cet ancien commissaire divisionnaire qui précise alors "pour évaluer, il est donc nécessaire d'en traiter toutes les dimensions, à savoir la technologie, le système de droit appliqué, le système d'information et de signalement, l'entité économique, l'organisation et le système de management des hommes, l'éthique, le contrôle...". De plus, de nombreux obstacles sont rencontrés lors de la conduite des évaluations locales, comme l'explication d'objectifs initiaux, le constat d'un état zéro et la question des périodes de référence (l'avant, le pendant, l'après), le recueil des sentiments d'insécurité, l'expression des habitants, l'évaluation participative, la délimitation des périmètres évalués... Et Eric Chalumeau d'en conclure qu'il vaut mieux parler alors d'étude d'impact que d'évaluation.



Retours d'expériences d'évaluations locales
Le Président d'Icade Suretis s'appuie, tout d'abord, sur 9 études évaluatives réalisées par son Cabinet sur différents sites de bailleurs sociaux pour déclarer que la vidéosurveillance favorise une diminution des coûts de gestion pour les bailleurs, notamment au travers des diminutions de détériorations et des problèmes de propreté, ainsi qu' une réduction des occupations abusives de halls, (avec un petit bémol tout de même, à savoir d'éventuels transferts vers d'autres lieux...).
Ces évolutions auraient contribué alors à une attractivité plus importante de ce patrimoine, "en témoignent la diminution de vacances et la forte recommercialisation des parkings" déclare Eric Chalumeau qui tient à souligner, cependant, que "la vidéo doit s'inscrire dans un projet d'ensemble de réhabilitation". Pour ces lieux surveillés ou protégés, l'exigence des locataires pour une "impunité zéro" paraît dorénavant plus grande et l'impact semble "favorable sur le personnel de proximité".


Quant à l'évaluation de dispositifs dans les villes?
Eric Chalumeau revendique la nécessité d'un vrai projet d'évaluation qui comporterait notamment les aspects éthiques, organisationnels, les usages, et la situation de la délinquance... Et de citer quelques outils pour réaliser cette évaluation "des statistiques, une grille d'observation qualitative des espaces, une cartographie, la détermination des périmètres..." Bref, la grille dévaluation devra décliner la totalité des dimensions à prendre en compte (l'impact sur la délinquance, les incivilités, le sentiment d'insécurité, les usages des espaces surveillés, les aspects humains, éthique, juridique, technique, financier et organisationnel du dispositif), trouver un compromis entre rigueur méthodologique et faisabilité pratique, et surtout, rappelle le Président d'Icade, "l'évaluation a un coût financier, qui doit rester raisonnable au regard de celui de l'entité évaluée. Par exemple, si dans le cadre d'un marché public de prestation intellectuelle, une ville veut évaluer un dispositif d'une vingtaine de caméras ainsi que son CSU, soit un investissement de 800 000 €, le budget d'évaluation doit rester dans une fourchette de 5 à 6% de ce montant!"





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Mercredi 2 Février 2011
Virginie CADIEU



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