G8 à Deauville (14) : un dispositif de sécurité exceptionnel

Cette année, les présidences du G8 et du G20 ont été confiées à la France. A ce titre, le 37e sommet du G8 a rassemblé les chefs d’Etat et de gouvernement – ainsi que leurs délégations– fin mai dernier à Deauville, dans le Calvados. Pas moins de 17 chefs d’Etat et 8 000 personnes étaient attendus pour ce rendez-vous international. Retour sur un dispositif sécuritaire exceptionnel mis en place durant deux jours.



G8 à Deauville (14) : un dispositif de sécurité exceptionnel
Les 26 et 27 mai derniers, la commune de la Côte fleurie accueillait le 37e Sommet du G8, forum informel réunissant les chefs d’Etats et de gouvernement de huit pays parmi les plus puissants économiquement du monde, à savoir l’Allemagne, le Canada, les Etats-Unis, la France, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et la Russie. Ce sommet est le 6e du G8 hébergé par la France depuis… 1975 (à l’époque sous la forme d’un G6).
Avec son casino, ses palaces, ses villas classées, ses champs de courses, ses ports de plaisance, son Palais des Congrès, son Festival du cinéma américain, ses golfs, ses discothèques… la station balnéaire normande est considérée comme l’une des plus prestigieuses en France. Mais Deauville représente aussi un endroit stratégique qui attire chaque année des milliers de touristes, notamment des Parisiens qui profitent de sa relative proximité géographique (environ 2 h de route).


Une sécurité infaillible
Pour aborder les sujets qui ont marqué l’actualité de la première moitié de l’année 2011, Deauville devait assurer aux dirigeants internationaux présents une sécurité sans faille. Une tâche assumée avec ferveur par le préfet de Basse-Normandie, Didier Lallement.
Mûrement réfléchis pendant des mois, les préparatifs sécuritaires sont montés en puissance dès avril et se sont intensifiés en tenant compte de la situation terroriste exacerbée par la mort d’Oussama Ben Laden – à l’origine des attentats du 11 septembre 2001 à New York – tué par un commando américain le 2 mai à Abbottabad, au Pakistan.
Policiers, gendarmes et militaires ont ainsi été réquisitionnés pour assurer la sécurité des hommes d’Etat, des Deauvillais et des touristes. “En matière terroriste, on n’est jamais serein”, confirme Didier Lallement. Mais dans ce contexte particulier, la commune de Deauville est finalement apparue comme un bon choix. Face à la mer, la petite station de la Côte fleurie représente, en effet, un espace restreint assez favorable à sécuriser d’un point de vue stratégique. “Le périmètre de défense est très identifié donc plus facile à protéger”, reconnaît le
préfet du Calvados.


Des atouts incontestables
Deauville offre peu d’accès routiers et une zone marécageuse au sud et une rivière (la Touques) borde la ville par l’Est. Autre avantage, le Mont Canisy, juché à 110 m de hauteur, entre Deauville et Blonville, procure une zone d’observation privilégiée. Déjà utilisé lors du récent G3, mi-octobre 2010, le site a de nouveau été investi par les militaires et son accès interdit le temps du Sommet.
Côté mer, terre et ciel : tout accès a été interdit : marins-pêcheurs comme plaisanciers ont dû rester au port – “Pendant le Sommet, le port de Deauville était fermé. Cette mesure de sécurité était inévitable dans la mesure où nous ne pouvions pas contrôler tous les bateaux qui étaient en mer pendant le G8”, explique Didier Lallement.
La gare SNCF est également restée fermée et les pilotes ont été priés d’atterrir ailleurs pendant deux jours.
Mais, malgré un dispositif de sécurité inaccoutumé, le challenge était de permettre à Deauville de garder ses allures d’élégante station balnéaire. Pari tenu pour Didier Lallement : “Il n’y a pas eu de ‘bunker’ autour des chefs de l’Etat. Seule une ‘zone sanctuarisée’ de 7 à 8 hectares, où s’est déroulée le G8, n’était accessible qu’aux participants du Sommet, aux journalistes et aux habitants badgés”, a précisé à Didier Lallement. Cette “bulle” s’étendait en largeur sur quatre rues parallèlement à la plage, et en longueur entre les rues de Gheest et Robert
Fossorier (zone 1 sur le plan).


Pas de barre-ponts ni de camions lanceurs d’eau…

Un système efficace puisque, durant les deux jours, il n’a pas été nécessaire de prévoir des barre-ponts (engins destinés à bloquer une rue) ni de camions lanceurs d’eau. Selon le plan prévu, “les autorités devaient ‘tout déminer’ mais ne pas déployer a priori de barbelés, précise Didier Lallement. On ne souhaitait surtout pas copier ce que l’on voit parfois lors de la tenue de certains Sommets : des gars avec des casques, des sacs de sable… Certains pays construisent même des murs le temps de la réunion.”


… mais des policiers, gendarmes et militaires

Le préfet de Basse-Normandie a préféré miser sur le déploiement des forces de l’ordre. Quelques 12 252 policiers, gendarmes, militaires, pompiers et membres de la sécurité civile ont fait en sorte que cet “événement particulièrement significatif pour la France puisse se dérouler dans le calme”, justifie Didier Lallement.
Les femmes et les hommes étaient donc à l’honneur et les forces de l’ordre se sont massivement déployées dans trois zones sécurisées : près de la mer, dans le centre de Deauville, et dans les départements du Calvados, de l’Eure et d’une partie de la Seine-Maritime. “Cette dernière zone, plus large que la commune, a été soumise aux mêmes règles que les deux autres zones, sauf que la circulation des automobiles badgées des habitants était autorisée”, a souligné le préfet de Basse-Normandie.
Car si Deauville est plutôt facile à défendre, ses alentours nécessitent des déploiements très spécifiques. “Notre dispositif a donc été conçu pour s’adapter à un terrain très large”, a indiqué Didier Lallement.



Des mesures atypiques pour contrer les trouble-fêtes
En marge des dispositifs classiques prévus contre les menaces terroristes et les problèmes “communs” de maintien de l’ordre, les autorités avaient prévu des mesures spécifiques contre les éventuels fauteurs de troubles.
Une cellule de désincarcération était ainsi chargée de dégager les personnes qui s’enchaîneraient pour manifester contre le Sommet et des gendarmes de haute montagne devaient déloger les éventuels manifestants qui se seraient réfugiés sur des ouvrages d’art.
Dans un document distribué aux forces de l’ordre, il était écrit que le commandant de groupement de Gendarmerie “devait être en mesure de réagir à tout contre-sommet G8 et de déceler tout mouvement contestataire, notamment pacifiste, susceptible de se rendre à Deauville ou dans une autre commune du département, par une surveillance permanente des axes de circulation et des ponts”.
Pour assurer ce contrôle et garantir le filtrage et la gestion des foules, les escadrons de Gendarmerie mobile été équipés de véhicules blindés à roues de la gendarmerie équipés de treuils et de lames.



Une sécurité qui n’a pas de prix…
Bien évidemment, à mesures exceptionnelles, budget exceptionnel. Selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration, Pierre-Henry Brandet : “Les surcoûts générés par le Sommet du G8 avoisinent les 20 millions d’euros, soit à peu près le quart de la somme de 80 millions réservée aux sommets G8-G20 par la France en 2011. Ce qui reste quelque chose de relativement modeste”, précise le porte-parole....





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Samedi 9 Juillet 2011



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