La Sécurité à Amiens : une priorité pour la municipalité comme pour les Amiénois

La sécurité, l’affaire de tous ! C’est ce que souhaite rappeler Gilles Demailly, maire d’Amiens et président d’Amiens Métropole, notamment au travers du « guide de la sécurité à Amiens », qui vient de paraître, document de 28 pages, imprimé à 77 000 exemplaires, et distribué dans toutes les boîtes aux lettres des Amiénois cette semaine. A cette occasion, Emilie Thérouin, Maire-adjointe en charge de la Sécurité et de la prévention des risques urbains, revient, pour Vidéosurveillance Infos, sur la politique menée à Amiens en termes de sécurité, de prévention et de gestion du risque depuis 2008.



La Sécurité à Amiens : une priorité pour la municipalité comme pour les Amiénois
Le 8 décembre dernier, lors d’un conseil municipal, vous affirmiez que la municipalité d’Amiens œuvrait pour répondre à une demande des Amiénois sur la sécurité, et vous expliquiez alors que « viser l’efficacité en matière de sécurité est avant tout miser sur l’humain ». Pourriez-vous revenir sur cette politique menée depuis 4 ans et sur les actions concrètes, notamment via cette présence humaine.
Emilie Thérouin : Notre politique correspond tout à fait à l’esprit du guide qui vient de sortir, à savoir répondre à la demande des Amiénois, en matière d’information sur la sécurité et de compréhension sur « qui fait quoi » en matière de sécurité. La raison principale vient du fait qu’il y a parfois un déséquilibre important entre les grands discours et la réalité. Ce n’est pas toujours simple, autant pour les responsables politiques que pour les habitants ; surtout lorsqu’il y a eu une certaine tendance à annoncer que la sécurité n’était que l’affaire de l’Etat, ce qui est faux et parfaitement contraire à la réalité historique. Aussi, à Amiens, nous affirmons que la sécurité est bien l’affaire de tous, à savoir l’affaire de la municipalité et des citoyens, tout autant que de l’Etat. Nous sommes convaincus que les citoyens ont un rôle à jouer, en comprenant tout d’abord les rôles et les missions de chacun en matière de sécurité, et en étant davantage citoyens. Police nationale, police municipale, vidéosurveillance, etc., nous sommes tous ensembles face à d’énormes problèmes, sans solution miracle ou unique, et notre devoir est d’aller tous dans le même sens pour arriver à mettre en place une politique de sécurité efficace. Et ceci ne se fait pas en un jour, surtout lorsqu’ on part de très loin !


Vous annonciez, lors de ce même conseil municipal, que le budget délégation sécurité/prévention se montait à 7 millions d’euros…
Emilie Thérouin : A ce titre, de réels efforts budgétaires sont réalisés. Il faut avouer que le budget de la sécurité est l’un des rares qui augmente à Amiens et ce, à effectifs quasi constants. Concernant la police municipale, nous avons essayé de mettre plus de présence humaine visible, en doublant notamment les effectifs des postes de quartier, en supprimant des unités spécialisées en intervention et prévention, et de les substituer par des agents plus polyvalents, se trouvant, au quotidien, au plus près des habitants.
Nous avons souhaité clarifier cette politique de sécurité en redéfinissant les rôles de chacun et souhaitons que les Amiénois puissent comprendre plus aisément qui sont les acteurs de la sécurité et particulièrement quel est rôle de la municipalité en ce sens.



Vous parlez d’effectifs constants. Ceci signifie t’il qu’en quatre ans, les effectifs de la police municipale n’ont pas bougé ?
Emilie Thérouin : A deux ou trois postes près, il n’y a pas eu d’effectifs supplémentaires. Cependant, si la volonté était de garder un effectif constant, nous souhaitions avoir des agents de police municipale réellement en poste. Des soucis d’absentéisme ont longtemps gangréné le service, et cela s’améliore progressivement. Des recrutements ont récemment eu lieu, mais tout en s’efforçant de garder un effectif relativement constant.



Plus d’hommes sur le terrain, au plus près des habitants, de jour comme de nuit ?
Emilie Thérouin : Si nous avons souhaité ajouter quelques effectifs supplémentaires en journée, notamment en renforçant l’unité foires et marchés, nous n’avons pas voulu pour le moment renforcer l’unité nuit conformément à nos priorités définies dans la nouvelle doctrine d’emploi de la police municipale. Nous avons décidé d’accentuer les missions des agents sur un travail de proximité et de présence dissuasive auprès des habitants, sanctionnant le cas échéant, le tout dans le cadre de leurs compétences « cœur de métier », en parfaite complémentarité avec leurs collègues de la police nationale.
Une doctrine d’emploi claire a été fixée : exemplarité, déontologie, polyvalence, prévention, dissuasion, dialogue, service aux personnes.
Nous sommes bien conscients que ceci ne va pas se faire du jour au lendemain. Le guide de la sécurité n’est qu’un début. Des comités de liaison polices/population existent, en parallèle. Les responsables publics doivent admettre qu’une politique de sécurité ne consiste pas simplement à payer des agents ou à installer des outils technologiques tels que la vidéosurveillance, mais nécessite surtout de recréer un lien avec les habitants et de renforcer la démocratie locale. Nous devons travaillons plus avec les habitants pour être efficaces collectivement !



Pourriez-vous nous donner quelques résultats chiffrés concernant cette politique menée depuis 4 ans ?
Emilie Thérouin : Nous commençons tout juste à les avoir, via le Diagnostic Local de Sécurité, que nous avons commandé l’année dernière. On constate que les difficultés, à Amiens, sont souvent liées à des problèmes d’alcool, d’addictions et de récidive. A partir de ces indicateurs, nous devons réorienter nos politiques de sécurité et nous concentrer sur les besoins réels de notre territoire et de nos concitoyens. A ce titre, nous nous engagerons plus fortement en matière de prévention de la récidive. Cependant, il est difficile à l’heure actuelle, avec des moyens budgétaires très contraints d’atteindre des objectifs très ambitieux. C’est une bataille de tous les jours.
J’espère pouvoir mener prochainement, en complément du diagnostic sécurité, des enquêtes de victimisation.
Parmi les actions déjà mises en place, nous pouvons citer la mission de prévention situationnelle, qui existe depuis octobre 2010. La prévention situationnelle nécessite de travailler avec différents acteurs, comme des chefs de chantier, des urbanistes, des architectes, dans l’objectif de répondre réellement aux attentes des habitants. Après dix huit mois, nous pouvons affirmer que les résultats très encourageants. Les différents intervenants impliqués travaillent bien ensemble, en ayant pu dépasser des cultures professionnelles qui, a priori, auraient pu les éloigner.
Enfin, depuis la semaine dernière, nous avons lancé la mission médiation : nous avons enfin des agents médiation sociale, à Amiens ! Aujourd’hui, quatre agents, recrutés par la Ville d’Amiens, ont pour rôle de faire respecter les règles du vivre ensemble et de favoriser la médiation, en cas de conflit de voisinage, par exemple.
Donc, pour 2012, les priorités sont la médiation, la prévention et la lutte contre la récidive et la redynamisation de notre conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance (CISPD). Nous avons de belles marges de progrès !


Le guide pratique semble être un très bon outil de communication vers les Amiénois, mais quelle en a été l’origine ?
Emilie Thérouin : C’est à la fois une volonté politique et une réponse à une demande récurrente de nombreux Amiénois. Au même titre que nous avions diffusé le DICRIM, notre objectif est d’expliquer aux Amiénois quelles actions sont réalisées au quotidien pour leur sécurité, qui sont les professionnels et quelles sont leurs missions. Nous pouvons ainsi démontrer que la sécurité publique n’est pas seulement l’affaire de la police nationale, de la justice ou encore de la police municipale… Distribuer le guide dans les boîtes aux lettres est une action forte, incitant chacun à se préoccuper de la sécurité.
A ce titre, les Amiénois membres du Conseil d’habitants Sud ayant travaillé sur la thématique de la sécurité, depuis septembre dernier, ont été associés à la finalisation du guide: ils ont pu l’amender afin qu’il réponde le mieux possible aux questions que les citoyens se posent, dans le but d’être le plus pratique et efficace possible. Des réunions publiques dans les différents quartiers amiénois seront programmées courant 2012 afin de présenter le guide aux habitants, que ceux-ci puissent se l’approprier, connaître les responsables des postes de police municipale et nationale.
Nous savons que beaucoup d’Amiénois ont envie de contribuer d’une façon ou d’une autre à la sécurité dans leur ville. Nous souhaitons favoriser la citoyenneté. Et c’est à nous, responsables publics, de définir quelle est la place du citoyen. Donc, la communication, en effet, en fait partie, et c’est aussi un devoir d’information et de pédagogie.



Ce document de 28 pages se divise en trois parties. La première rappelle les compétences de chaque acteur de la sécurité, la deuxième partie est consacrée au développement de la culture du risque. Quant à la troisième partie, elle insiste sur la place que les Amiénois doivent occuper en tant qu’acteurs de leur sécurité. Concernant la première partie, pouvons-nous revenir sur les partenariats engagés et les conventions police nationale/police municipale?
Emilie Thérouin : Nous avons privilégié au départ les relations bilatérales, pour les approfondir et les élargir par la suite. Nous avons souhaité étendre ces partenariats, notamment dans le cadre de la prévention situationnelle qui porte une approche globale de la sécurité et une vision nouvelle de la ville. Nous dépassons les partenariats institutionnels classiques : partenariats renforcés avec le conseil général, l’Education nationale ainsi que les bailleurs, même si ceci est parfois perfectible. Les partenariats nécessitent l’instauration de relations de confiance, reposant sur le respect des missions de chacun. Certains partenariats nécessitent encore d’être améliorés. Nous allons également redynamiser le CISPD cette année et faire en sorte qu’il fonctionne plus efficacement. Le partenariat police nationale/police municipale est d’excellente qualité. Concomitamment à la définition de la doctrine d’emploi de la police municipale, nous avons renégocié une convention de coordination sur mesure, entre 2008 et 2009, reposant sur une parfaite complémentarité.



On le voit, vous croyez beaucoup aux agents de police municipale qui jouent un rôle de proximité avec les Amiénois. Christian Estrosi, également très investi sur les questions de sécurité, se retrouve, depuis septembre 2011, président de la Commission nationale consultative des polices municipales. Qu’en pensez-vous ?...
Emilie Thérouin : Ceux qui avaient mis sous silence cette commission consultative sont les mêmes qui décident, aujourd’hui, de la réactiver. Je considère que c’est d’un opportunisme douteux que de feindre découvrir les préoccupation des APM juste après le décès dramatique d’une policière municipale (Aurélie Fouquet, le 20 mai 2010 à Villiers-sur-Marne, NDLR). Il est tout aussi insolite qu’on s’inquiète enfin des polices municipales juste au moment des renouvellements électoraux. J’estime que les polices municipales méritent plus de reconnaissance. Il me paraît nécessaire d’organiser un débat de fond sérieux : quelle doit être la place et les missions des polices municipales en tant qu’acteurs de la sécurité ? Surtout, il faudrait, à mon sens, une loi cadre qui ‘dépoussière’ un peu ce corps de métier et qu’il soit par ailleurs véritablement reconnu au sein de la fonction publique territoriale. Il faut arrêter de vouloir attribuer des compétences supplémentaires notamment judiciaires aux policiers municipaux pour pallier aux baisses d’effectifs de la police nationale. Il est indispensable de clarifier les missions de ces agents, et que celles-ci soient en parfaite complémentarité avec celles de la police et la gendarmerie nationale, et non en concurrence…


La police municipale n’est pas armée à Amiens
Emilie Thérouin : Nos agents de police municipale sont dotés d’armements de 6e catégorie, soient des tonfa et des gaz lacrymogènes. Et pour l’instant nous n’envisageons pas de les armer en 4e catégorie.


Qu’en est-il de la formation ?
Emilie Thérouin : Ceci est un combat national, car le référentiel de formation n’est pas adapté aux réalités des policiers municipaux. A Amiens, nous souhaitons mettre en place de nouvelles formations. Nous souhaitons renforcer la formation continue relative à l’armement, pour lequel il est indispensable d’être formé et évalué régulièrement. Ce devrait même être obligatoire dans le cadre des évaluations annuelles. Par ailleurs, il convient de proposer des formations management, certains agents de police municipale se retrouvant en situation d’encadrement au titre de l’avancement par ancienneté, alors qu’ils n’en ont pas forcément envie ou d’appétence particulière… Par ailleurs, nous avons entamé un cycle de formation destiné aux ASVP. A quand une refonte nationale de la filière police municipale et notamment de l’avancement ?


On arrive à la 2e partie du guide. « développer la culture des risques avec les Amiénois… » C’est donc un guide sur la gestion globale du risque, pour informer les habitants de tout risque potentiel….
Emilie Thérouin : L’information préventive, via le document d’information communal sur les risques majeurs (DICRIM) est devenue obligatoire. Les maires sont tenus d’élaborer ce document et de le porter à la connaissance de leurs habitants, notamment par voie d’affichage. En ce qui nous concerne, nous avons décidé de le diffuser dans toutes les boîtes aux lettres, voici 1,5 an. A ce propos, une version actualisée sera diffusée au 2e semestre 2012, notamment parce que nous nous dotons d’un automate d'appels en grand nombre. A ce titre, les Amiénois sont invités à confier leurs numéros de portable, en cas de déclenchement de crise. Ceci va nous permettre d’établir des mesures de rappel, en matière de prévention des risques, notamment via la communication qui va à nouveau pouvoir être faite, sur ce DICRIM, mais aussi au travers d’une grande campagne sur l’alerte, via l’utilisation de cet outil, avec des exercices effectués en grandeur nature, de façon à tester notre propre plan communal de sauvegarde.
Par ailleurs, depuis deux ans, nous avons engagé avec le soutien des comités de quartiers un gros travail d’information préventive. Nous avons proposé aux présidents de comités de quartier d’organiser des rencontres avec les habitants pour présenter le DICRIM, les risques naturels ou technologiques, auxquels sont confrontés les Amiénois dans leur ensemble et les risques majeurs spécifiques du quartier. Ce travail avec les habitants existe depuis bientôt 2 ans dans le domaine de la sécurité civile.



La 3e partie du guide porte sur le rôle que peuvent jouer les habitants…
Emilie Thérouin : Oui, mais avant que les Amiénois ne s’impliquent, il faut déjà qu’ils s’y retrouvent !
Parier sur la citoyenneté prend du temps et il faut être bien conscient que cela ne peut se résumer à un document dans des boîtes aux lettres, mais nécessite d’aller à la rencontre de la population pour montrer comment être acteur dans sa ville, concrètement. C’est notre devoir, à tous, de contribuer à l’amélioration de notre cadre de vie. Ramasser les poubelles, par exemple, permet aussi de prévenir les violences urbaines, en évitant que celles-ci ne soient. La ville doit être agréable pour tout le monde et son entretien contribue également au sentiment de sécurité. Cette 3e partie est, à mon sens, la plus importante du guide. Aussi, avons-nous prévu d’organiser des réunions de quartier, comme nous l’avons déjà fait pour la sécurité civile et les risques à Amiens.


Vous parlez de permettre au citoyen d’agir pour l’amélioration du cadre de vie et de contribuer à la tranquillité publique, dans sa ville, dans son quartier. Qu’en est-il des conseils des droits et devoirs des familles (CDDF), à Amiens ?
Emilie Thérouin : Il est vrai que nous aurions pu mettre la parentalité au titre de la citoyenneté. Nous ne l’avons pas fait car le CDDF n’est toujours pas mis en place, malheureusement. Il y a beaucoup de freins culturels, de culture professionnelle, et un certain nombre de personnes estiment que la parentalité ne peut être l’affaire de la municipalité. Nous sommes, Amiénois, tous responsables quelque part des enfants délinquants ou qui commettent un méfait. Les responsables publics peuvent en ce sens apporter une aide, aux parents, aux enfants, à la famille. Nous devons proposer un projet même si l’objectif est ambitieux et le montage un peu long. Le procureur de la République est très favorable au futur CDDF. Nous avons décidé de mettre l’accent sur une tranche d’âge et sur certains types de faits, comme les dégradations de biens publics, du fait que nous devions faire face à de nombreux caillassages de bus effectués par de jeunes ado et pré ados. Tout ceci doit nous préoccuper et nous mobiliser. Sachant que le nombre de mineurs mis en cause à Amiens est malheureusement supérieur à la moyenne nationale. C’est la raison pour laquelle je souhaite la mise en place rapide de ce CDDF, même si je reste assez dubitative quant aux effets concrets et rapides… Mais il faut y croire, cela peut fonctionner si la municipalité n’est pas seule autour de la table.
Et ainsi, lors d’une prochaine édition du guide de la sécurité, nous pourrons ajouter ce conseil des droits et devoirs des familles.


guide_de_la_securite.pdf Guide de la Sécurité.pdf  (3.6 Mo)


Mardi 17 Janvier 2012
Virginie CADIEU



Téléchargez les lettres Vidéosurveillance Infos
Virginie Cadieu : Délinquance: Besançon pour la vidéo-protection actualité : http://t.co/opAkMnZG via @AddThis
Mardi 21 Février - 20:07
Virginie Cadieu : Des cameras de vidéo surveillance incassables http://t.co/QA18QhPP
Mardi 21 Février - 08:32
Virginie Cadieu : Poissy (78) : les pétitions se répètent pour la vidéoprotection - http://t.co/J3PyGkaM
Lundi 20 Février - 05:01
vidéosurveillance, vidéo surveillance, vidéo protection, réglementation, collectivités, caméras, infos, éthique, technologie, biométrie, sécurité, délinquance, vidéo gestion, délinquance, vidéo, surveillance