Laurent Mucchielli : “LA délinquance cela n’existe pas. Il y en a des centaines et qui n’ont pas les mêmes évolutions”...

Si les chiffres de la délinquance font régulièrement l’objet de polémiques, est-il réellement possible de quantifier la délinquance générale ? Laurent Mucchielli, Directeur de recherches au CNRS (Laboratoire Méditerranéen de Sociologie)*, dénonce les “artifices utilisés” par le Gouvernement pour rendre les chiffres favorables. La controverse tient surtout aux méthodes de l’organisme à l’origine de ces chiffres : l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Pour Vidéosurveillance Infos, le sociologue donne son avis au sujet du rapport annuel des chiffres de la délinquance.



Laurent Mucchielli : “LA délinquance cela n’existe pas. Il y en a des centaines et qui n’ont pas les mêmes évolutions”...
Vidéosurveillance Infos : Pour la septième année consécutive, le bilan des chiffres de la sécurité a été présenté par Claude Guéant le 17 janvier ? Quelle réaction avez-vous eue à sa lecture ?
Laurent Mucchielli : C’est un exercice rituel de communication politique, selon moi, dont l’issue est connue d’avance : "la délinquance baisse, nous avons sauvé des victimes, etc."
Seul l'ignorant peut prendre pour argent comptant les chiffres mis en avant par le ministre de l'Intérieur. Car ces statistiques ne peuvent malheureusement pas constituer une véritable mesure de l’évolution des délinquances. En réalité, “la délinquance” cela n’existe pas, il y en a des centaines et qui n’ont pas les mêmes évolutions. Et tout cela n’est que le comptage des procès-verbaux dépendant de la prise en compte des plaintes et des priorités politiques du moment.


Vidéosurveillance Infos : La politique gouvernementale actuelle renforce-t-elle, selon vous, l’absence d’indépendance de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) ?
Laurent Mucchielli : Cette absence d’indépendance est une donnée de départ que l’ONDRP ne peut pas dépasser. Il faut revoir son fondement institutionnel et désigner à sa tête des personnalités scientifiques reconnues par leurs pairs et n’exerçant aucune responsabilité politique ou commerciale, officielle ou officieuse. La situation actuelle est une caricature de copinage, de cumul des fonctions et de brouillage des identités professionnelles. Il faut, comme on l’a fait récemment avec les agences de contrôle sanitaire, comprendre que l’indépendance est la condition de l’impartialité.


Vidéosurveillance Infos : Les orientations du Gouvernement sur la vidéoprotection retiennent-elles les travaux indépendants que vous menez, ou ceux d’autres chercheurs comme Tanguy Le Goff, Eric Heilmann ?Laurent Mucchielli : Pas à ma connaissance. Et ce, pour diverses raisons. Tout d''abord parce que c’est un point clef dans la stratégie d’affichage du Gouvernement, fortement relayé sur le terrain par les préfets qui exercent une pression politique et financière sur les élus locaux. Ensuite, parce que cette stratégie ne rencontre pas d’opposition politique au plan national, donc pas de demande d’argumentation précise. Enfin pour la raison déjà dite : les conflits d’intérêt et l’absence d’indépendance. Les personnes qui font les rapports, qui édictent les règles, qui commercialisent la vidéosurveillance et qui auditent son impact appartiennent trop souvent aux mêmes réseaux.


Vidéosurveillance Infos : En conclusion, par quoi les chiffres devraient-ils être remplacés pour obtenir une évaluation précise de la sécurité en France ? Que devrait-on prendre en considération ? Qui devrait s’en charger ?
Laurent Mucchielli : Les statistiques de police sont à prendre en compte, mais il faut les utiliser à bon escient et en inventer d’autres pour rendre compte de la diversité des missions.
Ensuite, il faut développer les enquêtes de victimation et de délinquance auto-déclarée. Enfin, il faut mettre ces outils à disposition des élus locaux. Pour finir, j’ajoute que les chiffres sont nécessaires mais non suffisants. Il faut aussi des enquêtes de terrain et des études de dossiers pour comprendre les mécanismes et aider à concevoir les politiques publiques.









"Il ne faut pas confondre l'ONDRP et les responsables politiques de tous bords", rétorque Alain Bauer

Laurent Mucchielli : “LA délinquance cela n’existe pas. Il y en a des centaines et qui n’ont pas les mêmes évolutions”...
Suite aux propos tenus par Laurent Mucchielli, le président de l'ONDRP rétorque "les jours passent et les commentaires évoluent en fonction des vents politiques dominants sans doute. Je lis régulièrement avec intérêt le "Laurent Mucchielli" scientifique, qui apporte beaucoup à notre domaine de recherche. Et je suis souvent surpris par le militant, dont les commentaires évoluent en fonction du Mistral.
De quelles méthodes de l'ONDRP parle t'il ? De quelles publication, étude, recherche, analyse ? Si Laurent Mucchielli confond l'ONDRP, qui publie, et les responsables politiques de tous bords, qu'il commente, c'est qu'il ne lit pas assez les publications de l'ONDRP et ne respecte pas suffisamment ses personnels, statisticiens et chercheurs. Dont le principal outil de travail est l'enquête nationale de victimation, curieusement oubliée dans ce pensum dont la période électorale justifie sans doute les acidités..."

Et Alain Bauer de porter une réflexion, alors, sur la définition et la capacité d'indépendance de chacun: "Le fait d'avoir ouvert sa "petite entreprise" en Provence n'autorise pas le dénigrement vis à vis de celles et ceux qui, en parfaite indépendance et sans alignement militant, donc sans confusion d'identité, fournissent la matière au débat plutôt qu'une réponse préformatée..."


Rappelons que l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a notamment pour mission de recueillir les données statistiques relatives à la délinquance auprès de tous les départements ministériels et organismes publics ou privés ayant à connaître directement ou indirectement de faits ou de situations d’atteinte aux personnes ou aux biens. Depuis le 1er janvier 2010, l’ONDRP est également chargé de centraliser les données sur le prononcé, la mise à exécution et l’application des mesures et sanctions pénales. Il travaille, par conséquent, en étroite coopération avec l’ensemble des administrations et organismes chargés du recueil des statistiques en matière de délinquance.

















* Laurent Mucchielli est notamment l’auteur de “L’invention de la violence. Des peurs, des chiffres, des faits” (Editions Fayard, 2011). Il est également l’animateur du site Internet “Délinquance, justice et autres questions de société” (http://www.laurent-mucchielli.org/.


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Mardi 14 Février 2012
Virginie CADIEU







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