Les orientations de la mission pour le développement de la vidéoprotection, en 2012

Le Fonds interministériel pour la prévention de la délinquance (F.I.P.D), destiné à financer les différentes actions en matière de prévention par les élus, a été reconduit en 2012 à hauteur de 50 millions d’euros, soit le même montant qu’en 2011. L’enveloppe consacrée à la vidéoprotection serait également la même que l’année précédente, soit environ 30 millions d’euros. C’est ce que nous dévoile Jean-Louis Blanchou, Délégué interministériel pour la sécurité privée et Responsable de la mission pour le développement de la vidéoprotection, lors d’une interview exclusive pour Vidéosurveillance Infos.



Un bilan 2011 qualifié de satisfaisant par la mission

Les orientations de la mission pour le développement de la vidéoprotection, en 2012
Jean-Louis Blanchou avoue être satisfait du travail réalisé par la mission pour le développement de la vidéoprotection en 2011, notamment en termes de déploiement : « l’enveloppe de 2011, émanant du FIPD, consacrée à la vidéoprotection (soit 29,1millions d’euros dédiés au ‘soutien de la vidéoprotection’, à quoi s’ajoutaient 2 millions d’euros de reports de l’année 2010, NDLR), a été totalement utilisée. Nous avons aujourd’hui des projets en attente d’être imputés sur le budget 2012. »
Ainsi, en 2011, 600 projets, émanant à 90% des communes et des groupements de communes, ont été en partie subventionnés par le FIPD, ce qui a permis l’installation d’environ 6 500 caméras, dont 4 700 de 'pure voie publique'. « C’est un tout petit peu moins qu’en 2010, convient le Préfet, mais nous terminons l’année avec un seuil de projets importants. Si nous avions pu les traiter en étant sûrs de les financer, nous aurions alors aisément atteint le chiffre de l’année dernière » (soit environ 730 projets, pour 8 000 caméras, NDLR).


Moins de projets, mais des projets plus coûteux
Selon le Responsable de la mission, les projets ont été, en moyenne, plus coûteux, comparés à ceux de 2010, pour différentes raisons. « Nous avons davantage financé de centres de supervision et de déports que l’année précédente, ce qui génère des projets plus chers. » Ainsi, la mission aurait subventionné une cinquantaine de CSU et autant de déports, soit le double par rapport à 2010. « Les promoteurs de ces opérations s’engagent vraiment, aujourd’hui, dans une démarche de plus grande efficacité de la vidéo. En effet, quand on opte pour des centres de supervision, c’est qu’on veut visualiser en permanence des images, pour une plus grande réactivité Si on réalise des déports, c’est dans une véritable démarche de rapprochement entre services municipaux, collectivités et services de police ou de gendarmerie et que les uns et les autres ont bien compris l’intérêt de la démarche.
Cet intérêt ressenti par les responsables de la vidéoprotection est en quelque sorte la preuve que ça marche !... »
Et pour Jean-Louis Blanchou, le fait que près de la moitié des projets émanant des communes sont des extensions de premiers dispositifs prouverait bien l’intérêt et la satisfaction du bon fonctionnement du système mis en place. « Je n’imagine pas, si les maires n’étaient pas convaincus de l’apport du dispositif, qu’ils puissent alors demander de nouvelles implantations ! »



Un tiers des projets concerne huit départements
S’il est à noter une augmentation conséquente de projets dans les communes rurales, puisque 190 nouveaux projets se trouvent en zone gendarmerie, le Préfet avoue qu’un tiers des projets concerne huit départements, parmi lesquels Paris, les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône, le Pas-de-Calais... « Concernant les projets des commues rurales, ceci s’explique par le fait que les premières villes ayant ressenti un besoin plus important sont à présent équipées. La diffusion a été plus lente dans les communes rurales ou les petites communes situées en zone gendarmerie. De plus, celles-ci n’ont pas les mêmes moyens que les grandes villes pour déployer des projets, moins de moyens financiers mais aussi de moyens d’étude, d’appréhension du sujet… En ce qui concerne les huit départements les plus équipés en vidéoprotection, il faut bien comprendre que ce sont également les départements où la délinquance est la plus forte.




Les axes d’orientation pour 2012

Si la mission de développement pour la vidéoprotection paraît satisfaite de ce bilan 2011, le ministre de l’Intérieur le semble tout autant, puisqu’il l’a désignée comme devant assurer le secrétariat de la commission nationale de la vidéoprotection, et c’est Elisabeth Sellos-Cartel, Adjointe au préfet Jean-Louis Blanchou, qui va assurer cette mission. Ainsi, officiellement reconnue par le ministère pour le travail réalisé, cette mission s’est fixé des priorités ambitieuses pour 2012.

« Réaliser une analyse géographique, pour concentrer les actions sur les zones géographiques un peu déficientes aujourd’hui »
Une des priorités, pour Jean-Louis Blanchou, en 2012, est de réaliser une analyse géographique fine, afin de détecter les départements dans lesquels il n’y a pas eu de projet ou pour lesquels des dispositifs ont été mis en place dans certains endroits, mais où il parait nécessaire de rajouter ou d’étendre le dispositif sur d’autres sites, dans l’objectif de « donner de la cohérence au dispositif, à savoir les endroits où nous pourrions craindre un effet plumeau. En effet, certains bassins de délinquance ne sont pas complètement pris en compte. Il y a des zones où certaines communes ont décidé de ne pas déployer, pour des raisons qui leur sont propres, alors que plusieurs communes, aux alentours, le sont. Il existe même certains lieux où c’est la ville Chef-lieu qui semble être réticente, contrairement aux communes environnantes. Nous allons demander aux préfets de les contacter, et nous allons nous mettre à leur disposition pour les rencontrer et leur montrer des expériences concrètes de réussite. »
Et parmi ces cibles figureraient les établissements scolaires, la commission ayant constaté une diminution importante des projets portés par les établissements scolaires. « Nous avons tenu une réunion pour essayer d’analyser les choses et peut-être inverser les tendances », explique le Préfet, qui souligne alors l’intérêt à avoir de la vidéo dans ces établissements, notamment dans les zones les plus sensibles.



Une meilleure maîtrise des coûts
Le coût, trop élevé, de certains dispositifs peut résulter, selon Jean-Louis Blanchou, « d‘une capacité de certains industriels à proposer aux élus des dispositifs qui sont plus performants que ce dont pourrait avoir besoin, parfois, la collectivité en question. De plus, ceci peut également dénoter, de la part des élus, une moindre attention au rapport qualité/prix. Dans certains cas, le référent sûreté et le préfet retournent vers les communes pour leur expliquer que le projet est surdimensionné par rapport aux besoins ou en dehors de ce qu’on voit habituellement. Ainsi, faire en sorte que les collectivités présentent des dossiers avec des budgets en totale cohérence avec les besoins de la collectivité est une autre priorité pour 2012. « Nous pouvons, de notre côté, mieux former les référents sûreté, donner des grilles de référence, communiquer des éléments chiffrés aux élus et surtout, cette année, nous avons décidé d’établir un plafond, de manière à faire réfléchir les élus. Ainsi, en dessous d’un certain plafond, on subventionne comme à l’habitude, mais si le coût par caméra dépasse le plafond instauré, nous ne subventionnerons plus. » La plafond par caméra serait, pour 2012, de 20 000 euros.
Conscient que le type de transmission choisi par la collectivité peut parfois entrer pour une grande part, dans le budget global, notamment la fibre optique, Jean-Louis Blanchou explique avoir pris une décision. « Nous sommes conscients de ce développement ; la fibre optique pouvant servir à d’autres fonctionnalités, certaines municipalités sont particulièrement intéressées par ce moyen de transmission. De ce fait, nous allons donc sans doute financer la partie transfert des images à des taux un peu plus bas. Par ailleurs, nous avons constitué un groupe de travail technique sur la transmission des images qui doit se réunir, pour la première fois, la semaine prochaine. Nous y aborderons les problèmes de coût, de fiabilité, de sécurité, et nous comparerons les différentes possibilités de transfert des images. »


D’un point de vue technologique
Travailler avec des systèmes plus partenariaux, plus tournés vers l’efficacité de l’action, des systèmes pensés intelligemment, est une tendance en plein développement, en convient le Responsable de la mission. « Ceci ressort de notre bilan 2011. La vidéo intelligente, ou détection d’anormalité, est un outil permettant d’utiliser la vidéo d’une façon plus intelligente, globalement. Pour développer cet outil, on ne peut qu’avoir un rôle de mise en relation, de conviction, pour que des projets innovants pilotes expérimentaux, se lancent. Mais il y en a peu… »
Pourtant, dans le cadre de la circulaire de 2011, la mission avait laissé entendre qu’elle aiderait des projets innovants « à des niveaux plus importants que les niveaux habituels de financement ». Alors, pour quelles raisons n’y a-t-il pas eu plus de projets ?
Selon le Préfet, il y aurait plusieurs raisons. « Tout d’abord, si on veut structurer ces évolutions, il faut qu’elles émanent de sociétés ayant une certain assise, voire à de grandes signatures, alliant à la fois des compétences en matière d’optique, par exemple, mais surtout en matière de logiciels. Pour que ces grandes signatures puissent s’intéresser à ces projets, il faut qu’elles sentent un vrai marché, car c’est un investissement pour elles. Il faut qu’elles anticipent alors un retour sur investissement. Mais si on voit bien que la lecture de plaque, le positionnement de véhicules, ou autres peut être un moyen d’introduire des systèmes de vidéo intelligents, il y a des projets plus complexes, qui relèvent de la recherche et dont il est parfois difficile de percevoir à combien de marchés ils pourraient répondre. Faire de l’analyse comportementale dans une foule pour savoir si on est dans le cadre d’une gestion de foule normale, d’un début de chahut qui ne pose pas de problème, ou bien d’une agression, le discerner uniquement par la vidéoprotection avec des systèmes d’analyse fins est intellectuellement envisageable, mais combien y a-t-il de clients prêts, aujourd'hui, à investire dans une telle application ? »



L’évaluation
L’évaluation devait être une priorité en 2011, mais face aux divergences de points de vue, le projet semble avoir peu avancé. Le 25 janvier 2011, en conclusion de la journée sur "l'évaluation de la vidéoprotection en France", organisée par l'Université Paris Descartes et l'Institut national des Hautes Etudes de la sécurité et de la Justice (l'INHESJ , Jean-Louis Blanchou, ne semblait pas croire en une évaluation globale, mais déclarait être plutôt intéressé par connaître « dans quelles conditions la vidéoprotection peut-être utile et avec quels résultats», préférant aider au financement de « projets utiles. » Et pour cela, il proposait alors la réalisation d’évaluations par projet. Aujourd’hui, le Préfet explique que la mission travaille « avec les autres services compétents du ministère pour lancer une étude relative à l’évaluation de la vidéoprotection dont le principe et dont les modalités ont été arrêtées voici quelques semaines, par le cabinet du ministre. Nous allons passer par une mise en concurrence, via la publication d’un cahier des charges. Nous allons nous adresser à des chercheurs, des universitaires, des sociologues, un consortium pourrait être créé, et nous allons leur demander quelles sont les méthodes existantes, aujourd’hui, pour évaluer la vidéoprotection, quels types de résultats ces méthodes et ces évaluations ont donné. Nous allons également leur demander de nous aider à évaluer, projet par projet, d’étudier les méthodologies qui permettraient d’évaluer objectivement la vidéo, projet par projet, et de nous dire si l’évaluation projet par projet a un sens. Ce qui serait, en quelque sorte, une étude des méthodologies concernant la manière de s’y prendre pour avoir une idée sur l’évaluation de cette politique publique, car nous n’avons pas voulu entrer immédiatement dans une démarche d’évaluation globale, ne sachant pas si ceci est pertinent. »



Les autres actions
Enfin, la mission va réactualiser le guide méthodologique réalisé et mis en ligne en 2009. Il sera alors diffusé largement « vers tous les promoteurs potentiels de projets, avec des nouveaux textes, de nouveaux exemples, etc. » Va également être réactualisée la doctrine d’emploi, guide à destination des services de police et de gendarmerie, dans lequel vont être rajoutés des retours d’expériences, entre autres.

Jeudi 26 Janvier 2012
Virginie CADIEU



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