15/10/2009 2462 vues
Prévention situationnelle - Technoprotection
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Ploërmel (56) : la petite cité bretonne redéploye ses caméras de vidéoprotection
Retour en arrière. Avec ses 9 064 habitants, Ploërmel, dans le Morbihan, a fait souvent parler d’elle du temps de Paul Anselin, maire UMP, qui avait le sens de la provocation. C’est lui qui avait fait interdire la consommation d’alcool à certaines heures de la journée et installer, malgré l’interdiction d’une partie de ses administrés, une statue de 9 m de haut de Jean-Paul II sur une place publique, surveillée par 2 caméras ! De 2005 à mars 2008, la ville a vécu sous la surveillance passive mais permanente de 62 caméras de vidéoprotection qui contrôlaient la mairie, la médiathèque, l’école de bijouterie, le stade, la gare routière… en tout 15 bâtiments et 4 places publiques avec parfois des systèmes infrarouges capables de filmer la nuit. En 2006, Paul Anselin avait reçu le Prix Orwell Localités des “Big Brother Awards” pour avoir installé 62 caméras de vidéosurveillance malgré une délinquance nulle et, accessoirement, avoir mis en place un numéro vert pour dénoncer les voisins bruyants.
L’ancien maire avait réussi à faire de Ploërmel l’une des villes qui comptaient le plus grand nombre de caméras au kilomètre carré. Depuis la mise en place de la nouvelle municipalité de gauche en mars 2008, avec à sa tête la maire PS, Béatrice Le Marre, la ville a commencé à redéployer les 62 caméras en une vingtaine de caméras. Dans cette “cité des Ducs de Bretagne”, après son élection, Béatrice Le Marre a diligenté un “audit”. L’idée était de “redéployer” les caméras en fonction des faits et des “délits constatés”. Du côté de la mairie, on assure que c’est chose faite. Les caméras ont été redéployées à “des endroits stratégiques. Elles surveillent l'espace publique et les salles de sport mais aussi les parkings qui ont été des lieux où bon nombre d'incivilités ont été relevées”, explique Arnaud Picard, chargé de la communication de la mairie de Ploërmel. Les caméras enregistrent les images 24 h/24 et 7 jours sur 7. “Au bout de huit jours, les images sont automatiquement effacées”, ajoute Arnaud Picard. Et pour garantir les libertés individuelles, tout citoyen peut demander à visionner les images… “avec une réponse dans les huit jours”, confirme le chargé de la communication de la ville. Les élus de Ploërmel ne souhaitent pas en rester là. Ils souhaitent supprimer une partie des caméras devenues obsolètes et en redéployer d’autres – voire en augmenter une partie – sur certains sites. Le projet doit être déposé en préfecture d’ici à la fin du mois de décembre. La petite ville bretonne a donc décidé de remettre en route un réseau de vidéosurveillance en partie débranché pendant deux ans suite à une décision du tribunal administratif. L’actuelle municipalité n’a pas voulu y renoncer, par souci d’économies. “Nous souhaitons nous orienter vers une vidéoprotection des bâtiments de la ville et des lieux de rassemblement. Nous ne voulons plus parler de vidéosurveillance”, a précisé Philippe Gaulier, adjoint à la prévention jeunesse et à la protection civile (un terme qu’il a lui-même préféré à celui d’“adjoint à la sécurité”). “La vidéoprotection est nécessaire dans certains cas, sur certains bâtiments, mais elle ne doit pas se substituer à la surveillance humaine, ajoute Philippe Gaulier. En revanche, si le système n’avait pas déjà été en place, nous n’aurions sans doute pas fait le choix d’en installer un. Mais l’argent avait été investi donc nous avons décidé de l’utiliser”, précise l’adjoint à la prévention jeunesse et à la protection civile. Bilan : 21 caméras sont aujourd’hui en marche sur 7 sites (place Clemenceau, à la piscine, aux Carmes, à l’école de la bijouterie, place de la Gare, au centre régional des arts martiaux, sur l’aire de covoiturage de Ronsouze et à la déchetterie), selon l’autorisation délivrée en ce sens par une commission préfectorale. S’il a fallu plus de deux ans à la nouvelle équipe municipale pour en arriver là, c’est à cause de certains contestataires tels que le Collectif “Ploërmel sans vidéo”, un groupe d’opposants créé du temps de l’époque de Paul Anselin et qui continue de veiller au grain. “Et encore, remarque Nicolas Josse, principal animateur du collectif, il était prévu de brancher 23 caméras sur 9 sites. Finalement, la commission préfectorale en a retiré deux qui devaient surveiller les services techniques et, surtout, la maison de l’enfance…” Côté finances, le redéploiement a eu un coût : quelques 80 000 euros (audit et mise aux normes compris); mais la subvention émanant du FIPD (à hauteur de 45 000 euros) a couvert plus de 50 % du nouvel investissement. Les caméras sont équipées de deux objectifs : l’un pour le jour, l’autre infrarouge pour une vision nocturne. Ces objectifs ont aussi des oreilles : un microphone permet, s’il est activé, d’enregistrer l’ambiance sonore du lieu à quelques dizaine de mètres à la ronde… et même de parler... “Nous ne mettrons jamais en place ces deux dispositifs, affirme Philippe Gaulier pour qui le terme “vidéoprotection” n’est pas une vue de l’esprit. Il ne s’agit pas en effet de surveiller les gens mais de protéger les bâtiments publics. Aucun de nos agents n’est affecté au visionnage des écrans. Tout se fait a posteriori, pour identifier les responsables de dégradations”, conclut-il. Et comme dans les grandes villes, Ploërmel a son comité d’éthique, destiné à répondre aux critiques et vérifier le respect des engagements. Lundi 29 Novembre 2010
Evelyne Guitard
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