RATP : la sécurité est un élément du service dû aux voyageurs

Dans le domaine de la sécurité des transports, la réglementation a évolué depuis dix à quinze ans. La technoprotection est aujourd’hui l’un des éléments mis en avant, mais elle ne constitue qu’un pan de la sécurité. La RATP travaille également beaucoup sur la prévention situationnelle, c’est-à-dire l’organisation dans les gares et les stations et recherche au quotidien des outils performants et immédiatement opérationnels…



RATP : la sécurité est un élément du service dû aux voyageurs
“Nous étudions attentivement le cheminement et le flux des voyageurs… Cette démarche permet notamment à la RATP de recueillir des éléments nécessaires pour savoir comment se positionner dans les gares et les stations, où placer les éclairages, quels matériaux utilisés, voire de déterminer le délai d’intervention des équipes de maintenance. Car il y a peu de dégradations quand une résolution assez rapide peut être mise en place”, explique Jean-Luc Planchet, chargé d’études en sécurité au sein de la RATP.



La vidéoprotection propulsée par les attentats de 1995
Depuis plus de trente ans, la RATP a mis en place des équipes d’intervention qui agissent dans le cadre de la sécurité des réseaux. Au début des années 1990, la RATP s’était déjà dotée d’un dispositif de vidéoprotection. Il ne s’agissait que d’une dizaine de caméras, mais, très tôt, la RATP avait senti l’intérêt de la vidéoprotection pour surveiller ses espaces. “L’autre fait déclencheur qui a propulsé l’utilisation de la vidéoprotection est la vague d’attentats qui a sévi en France en 1995”, précise Jean-Luc Planchet. Tout le monde garde en mémoire le premier d’entre eux qui a eu lieu dans la gare Saint-Michel-Notre-Dame de la ligne RER d’Ile-de-France et a coûté la vie à 8 personnes et fait 117 blessés. Cette même année, le 6 octobre, une bombe a explosé près de la station de métro Maison-Blanche ; et le 17 octobre, une rame du RER C a été perforée par l’explosion d’une bombe entre les stations Musée d’Orsay et Saint-Michel. “Comme les villes de Londres et de Madrid, après les attentats qui les ont frappés au début des années 2000, la RATP a pris conscience de la nécessité de développer avec ses partenaires institutionnels et le STIF la vidéoprotection pour se prémunir de la délinquance et, dans le même temps, se donner les moyens de parer tout acte terroriste, non pas pour les empêcher mais pour réduire les risques. Le développement de la vidéoprotection à la RATP s’est donc mis en place en étroite collaboration avec l’autorité gouvernementale car les actes de terrorisme dépendent de la fonction régalienne”, explique le chargé d’études en sécurité au sein de la RATP.



Quelque 26 500 caméras en Ile-de-France
Aujourd’hui, ce sont environ 26 500 caméras analogiques qui sont installées en Ile-de-France. S’agissant des quelque 9 000 caméras fixes, elles vont peu à peu être remplacées par des caméras IP Over Coax , tandis que le parc des 17 500 caméras embarquées va être renouvelé par l’installation d’un système Full-IP. Bien évidemment,
dans la lutte à l’insécurité, la RATP ne fait pas cavalier seul. “Nous travaillons notamment en partenariat avec la SNCF, le Syndicat des transports d’Ile-de-France (STIF)… Nos bases de recherche nous permettent également de nous développer hors de France, en Europe (Londres, Florence…), mais également dans le monde entier : nous exploitons, par exemple, des réseaux de bus aux Etats-Unis ou de trains en Afrique du Sud…”, précise Jean-Luc Planchet.
Le système actuel permet surtout de regarder les enregistrements a posteriori car grand nombre d’images enregistrées par vidéo ne peuvent être visionnées 24 h / 24 ; et les algorithmes n'ont pas encore cette performance là. De toute façon, l’objectif n’est pas de regarder toutes les images en temps réel, mais les dispositifs de vidéoprotection permettent de détecter des actes délictueux et de comprendre les incidents en temps réel afin d’envoyer les moyens de secours adaptés.
A titre préventif, ils offrent aussi la possibilité d’anticiper et de prendre les bonnes mesures lorsqu’il y a des risques de perturbations, notamment lors d’un flux de personnes particulièrement important, comme, par exemple, lors des matches au stade de France. Les caméras permettent alors de surveiller les stations alentours afin de savoir si tout ce passe bien ou si la RATP doit envoyer des personnels supplémentaires.
“La vidéoprotection peut également servir à identifier des délinquants. Après dépôt de plainte, nous offrons aux services de police et de justice une exploitation efficace des images vidéo dans le cadre de réquisitions judiciaires, tout en respectant les règles de la CNIL. En moyenne, chaque jour, plus d’une dizaine de vidéos sont mises à leur disposition. Mais les exploitants des lignes qui gèrent les images en fonction des horaires et le PC sécurité de la RATP qui visualise les images ne cherchent pas à regarder en permanence l’ensemble des caméras, principalement pour des raisons d’efficacité” confirme Jean-Luc Planchet.



La recherche quotidienne d’outils performants et opérationnels
Les chercheurs de la RATP mènent quotidiennement des expérimentations pour mieux exploiter les caméras.
“Par exemple, au niveau de la maintenance du parc, nous travaillons sur des outils qui permettront d’améliorer la qualité des images enregistrées”, renchérit Fabrice Sabourin, pilote de la Commission d’homologation et de spécification des équipements de sûreté (CHESES), au sein du Département des systèmes d'information et de télécommunications de la RATP. Et pour avoir une meilleure vision de ce qui existe et de ce qui est réellement opérationnel, la RATP travaille également avec d’autres groupes, comme Thales – l’un des leaders mondiaux des systèmes d’information critiques sur le marché de la sécurité notamment – dans plusieurs projets de recherche.
“La Commission européenne apprécie ce rapprochement avec d’autres partenaires qui permet d’améliorer les performances opérationnelles des projets déjà existants, confirme Jean-Luc Planchet. Nos recherches restent principalement axées sur l’Europe. La RATP est reconnue pour développer des outils performants qui
correspondent à de réels besoins et pour développer des solutions qui soient véritablement opérationnelles. Le budget est revu chaque année en fonction des avancées technologiques et des besoins de l’entreprise.”
L’ensemble des actions menées n’a pas pour objectif de répondre à un besoin immédiat, mais il s’agit d’un véritable travail de fond qui s’inscrit dans la durée pour mettre en place des solutions pérennes et évolutives.
“Car la sécurité est un élément du service dû aux voyageurs. Elle ne peut être efficace que si elle est traitée en totalité, notamment en partenariat avec les forces de police, l’Etat et d’autres opérateurs”, conclut Jean-Luc Planchet..





Jeudi 8 Septembre 2011
Virginie CADIEU



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