La vidéoprotection est l’un des chevaux de bataille de l’Etat, de la Commission nationale de la vidéoprotection et du Comité de pilotage stratégique pour le développement de la vidéoprotection. Elle doit investir les parties communes des immeubles, et notamment ceux à vocation sociale. Sur ce terrain, les initiatives sont récentes pour l’Union sociale pour l’habitat (USH) – qui représente la quasi-totalité des bailleurs sociaux du territoire français dont les DOM-TOM, soit quelque 600 organismes.
Selon Claire Thieffry, conseillère technique à la délégation à l’action professionnelle au niveau de l’Union sociale pour l’habitat (USH) : “Il doit y avoir une réelle réflexion au niveau territorial avec tous les acteurs. La vidéoprotection n’est pas là pour se substituer aux forces de police. Depuis deux ans, l’Union sociale pour l’habitat (USH) sensibilise les organismes aux enjeux de la vidéoprotection qui ne peut pas et ne doit pas constituer l’unique réponse à des problèmes d’insécurité.
Certes, la vidéoprotection représente l’un des éléments de la prévention situationnelle qui existe dans la recherche permanente de solutions dans les quartiers. Mais la réflexion approfondie sur les enjeux de situation prévisionnelle (qui permet d’aménager les espaces), la réhabilitation, la qualité de service et la gestion sont aussi des facteurs porteurs de la tranquillité résidentielle.
Dialogue et médiation sociale : une nécessité
Dans les schémas actuels du projet territorial de sécurité-tranquillité, la réflexion porte sur l’articulation des dispositifs de vidéoprotection et de la médiation. Nous sommes d’accord pour dire que la vidéoprotection représente un outil utile, mais elle ne peut en aucun cas se substituer au dialogue et à la nécessaire médiation sociale. Notre démarche est surtout d’apprécier au cas par cas la manière de l’utiliser et de bien l’adopter.
Il ne faut pas se tromper car la vidéoprotection a un coût réel. Ce système ne constitue que l’un des outils à la disposition des bailleurs sociaux. Certains quartiers nécessitent la mise en place d’un dispositif vidéo. Mais le travail préalable à toute installation d’un tel système doit être fait par les bailleurs sociaux qui connaissent leur patrimoine technologique, technique, humain et social. Il faut un bon relais entre le rôle des bailleurs sociaux et la ville.
Le travail doit être partagé avec la collectivité locale pour définir au cas par casle projet territorial à mettre en place pour le quartier. La contribution des habitants à ce projet en donnera davantage de valeur.
Un passage en force du Gouvernement sur ce sujet de plus en plus délicat serait maladroit. La lutte contre l’insécurité dans les quartiers doit passer par une réflexion commune et donc par un véritable dialogue entre les acteurs. Il faut prendre le temps de connaître et évaluer le souhait des habitants, d’analyser les actions éventuelles avant d’agir et de réaliser des projets définitifs, comme les quartiers évoluent vite. Bien évidemment, nous prenons acte des demandes de l’Etat, mais nous ne perdons jamais de vue le besoin d’ajuster en permanence les attentes des habitants et des bailleurs dans chaque quartier. La reconquête de quartier est un travail à réaliser avec les forces de police et les collectivités locales. Par quartier, il faut trouver la bonne alchimie entre chacune des quatre variables – technologique, technique, humaine et sociale – indispensables pour répondre à cette question. L’inadaptation des réponses pourrait provoquer des effets inverses indésirables.
Présence des forces de police : un réel besoin sur le terrain
Notre grande inquiétude à l’heure actuelle est la baisse des effectifs de police. Avec, en toile de fond, l’éventuelle arrivée des sociétés de sécurité privée. Cette dernière perspective nous préoccupe car réduire la présence policière dans les quartiers pour la remplacer par la sécurité privée ne veut pas dire la même chose aux yeux des habitants d’un quartier.
Au regard des travaux européens, nous souhaitons que la France conserve sa personnalité et sa spécificité. Le passage de la Loppsi2 l’a bien compris. La Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure a également revu le champs réglementaire de l’utilisation des images. Il ne faut pas se tromper entre espace public et espace privé. Pour autant, il ne s’agit pas de découper le territoire d’une ville et d’en répartir la compétence “sécurité” entre domaine privé et domaine public. Chacun des quartiers a son mode de fonctionnement. Chacun est et reste cependant un élément de la ville à part entière et doit disposer à ce titre des mêmes droits et des mêmes garanties. Chaque quartier a été aussi l’un des enjeux de la rénovation urbaine.
Un Observatoire national des faits d’insécurité pour sensibiliser les actions prioritaires
L’Observatoire national des faits d’insécurité que nous avons initié est un outil qui favorise la mise en place chez les bailleurs sociaux de support d’aide et de partage des situations sur un même quartier au sein des CLSPD. Il a pour but de sensibiliser les actions prioritaires nécessaires de lutte contre la délinquance en lien avec la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance. Pour répondre aux enjeux de mise en place du plan national de développement des dispositifs de vidéoprotection par le ministère de l’Intérieur, l’Observatoire a intégré le résultat d’une enquête en ligne réalisée auprès des bailleurs sociaux. Cette enquête a eu pour objectif de dresser un état des lieux du niveau d’équipement en vidéoprotection des bailleurs sociaux et d’évaluer les programmations à court terme de nouveaux équipements, mais aussi intégrer les dispositifs de médiation (médiateurs de rue, correspondants de nuit) présents dans le quartier. Nous n’avons pas suffisamment de retour sur l’efficacité de cet outil par absence de recul (une seule année). Cependant, ce document fournit de précieux indicateurs : coût du vandalisme et dégradations, caméras arrachées la 3e nuit… bref, l’ensemble des fragilités vécues dans le quartier.
Former les bailleurs sociaux
Pour aider les bailleurs sociaux dans leurs démarches, nous communiquons avec eux et avons un devoir de formation. Cela passe notamment par l’organisation de journées professionnelles qui se déroulent avec l’appui de chercheurs, de bailleurs qui pratiquent la vidéoprotection et la médiation depuis de nombreuses années…
L’objectif est de rappeler aux bailleurs sociaux les textes, la réglementation en vigueur et de leur assurer une partie pratique. Les bailleurs sociaux sont très présents et se sentent particulièrement concernés par les questions de tranquillité-sécurité dans leurs quartiers. Ils montrent une vraie sensibilité par rapport au sujet et sont portés par des préoccupations humaines.
Le schéma à suivre est d’ajuster pour chaque quartier la solution à retenir, en apprenant à les connaître. Les actes de gestion au quotidien et le respect des engagements pris au titre de la qualité de service (propreté, tranquillité, sécurité, gestion de la réclamation) redonneront à chaque quartier sa tranquillité et permettront de personnaliser le “mieux-vivre ensemble” de ces lieux.”
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